Tous les sites

Un article du GT Emloi

Les femmes face au travail productif et reproductif

Les femmes face au travail productif et reproductif

Depuis la révolution industrielle, le travail des femmes a toujours été tiraillé entre deux pôles : l’entreprise et le foyer. Pourtant, cette division n’a rien d’une fatalité. Elle est le résultat d’un système économique qui a méthodiquement séparé le travail rémunéré du travail invisible, assignant aux femmes des rôles complémentaires, mais inégaux. Aujourd’hui, avec l’essor du tertiaire, cette séparation prend une nouvelle forme. Deux visions s’affrontent pour en rendre compte : celle de Françoise Gaspard, qui voit dans la tertiarisation un vivier d’emplois et une opportunité d’émancipation, et celle d’André Gorz, qui dénonce la création d’une société de serviteurs, où les métiers précaires du care et des services reproduisent, sous couvert d’émancipation par la rémunération, les rapports de domination traditionnels.

Cette organisation du travail n’est ni naturelle ni dépassée : elle est aujourd’hui activement renforcée par les politiques néolibérales. En flexibilisant le travail, en affaiblissant le droit du travail et en réduisant les services publics, le macronisme impose une norme de disponibilité permanente incompatible avec la vie familiale. Ce sont alors les femmes qui absorbent, gratuitement, les contradictions d’un système économique fondé sur la rentabilité à court terme. 

Le patriarcat est un régime économique

    La répartition inégale des tâches domestiques constitue un obstacle concret à l’accès à l’emploi. En moyenne, les femmes y consacrent quotidiennement 3 heures et 26 minutes, contre 2 heures pour les hommes, un écart qui se creuse davantage au sein des couples hétérosexuels avec enfants. Cette charge domestique disproportionnée réduit leur capacité à occuper un emploi à temps plein, tout en permettant à leur conjoint de se consacrer pleinement à sa carrière professionnelle et de répondre aux attentes de son employeur. Et pourtant le travail reproductif est le « pilier de toutes les activités économiques, car il produit de la force de travail, la capacité des gens à travailler ; en bref, il produit des travailleur·euses » (Silvia Federici). 

    Par ailleurs, la dépendance économique au sein du couple accentue les violences domestiques. Ces tensions matérielles compliquent les séparations et renforcent l’enfermement des femmes. L’emprise psychologique, souvent invoquée pour expliquer pourquoi certaines victimes ne quittent pas leur conjoint violent, ne suffit pas à expliquer cette situation : la dépendance financière joue un rôle central dans ce mécanisme. 

    La défiscalisation des pensions alimentaires pour les mères seules et la déconjugalisation de l’allocation de soutien familial, portée par les associations de mères isolées et défendue par la France insoumise dans sa niche parlementaire en novembre 2025 et novembre 2023, ont été bloquées par l’obstruction du Rassemblement National. Cela maintient une fiscalité injuste sur les mères isolées qui continuent de voir leurs impôts augmenter avec les pensions alimentaires tandis que les pères défiscalisent sur les sommes données. 

    L’autonomie économique des femmes ne peut reposer sur des stratégies individuelles. Elle suppose une intervention publique forte : protection sociale, droit du travail effectif et sécurisation des parcours professionnels. Refuser ces leviers, c’est accepter que la domination patriarcale continue de s’exercer par l’économie. 

    Les femmes dans la tertiarisation 

      Le tertiaire, présenté comme un secteur d’avenir, cache une division : il concentre à la fois des professions intellectuelles valorisées et des emplois de corvée, indispensables à la survie collective mais dévalorisés. Ces métiers – ménage, périscolaire, caissières, aides à domicile – ont un point commun : ils sont peu mécanisables, difficiles à automatiser et reposent sur des compétences historiquement assignées aux femmes et sous-valorisées. Aujourd’hui les tâches n’ont pas changé, mais deviennent un gisement de profits pour les plateformes et les entreprises de services, tandis que les travailleuses, souvent isolées (logements privés, horaires éclatés, trajets incessants), peinent à s’organiser collectivement. La lutte est difficile, mais n’est pas impossible !

      La dévalorisation de ces métiers n’est pas accidentelle. Elle permet au capital de capter une richesse produite par un travail indispensable, tout en maintenant une division sexuelle du travail rentable. Derrière le discours sur la « modernité » du tertiaire se cache une relégation sociale organisée, qui touche en premier lieu les femmes des classes populaires.

      NOS PROPOSITIONS :  

      • Mettre en œuvre l’égalité salariale réelle entre les femmes et les hommes, avec des sanctions effectives contre les entreprises qui discriminent
      • Revaloriser massivement les métiers féminisés par les salaires et la formation
      • Réduire le temps de travail à 32 heures sans perte de salaire, afin de mieux partager l’emploi et le travail domestique
      • Instaurer un congé d’accueil de l’enfant égalitaire, obligatoire et bien rémunéré
      • Défiscaliser les pensions alimentaires pour garantir l’autonomie économique des mères
      • Développer des services publics de la petite enfance et de la dépendance accessibles à toutes et tous
      • Abroger la réforme de l’assurance chômage qui pénalise particulièrement les femmes aux carrières discontinues.
      • Lancer une grande conférence sur l’emploi et les qualifications, afin de reconnaître les compétences des métiers féminisés dans les grilles de rémunération

      Quand une femme est au chômage, elle ne cesse pas de travailler : elle prend en charge les enfants, les anciens, les malades, autrement dit, les anciens, futurs et actuels travailleurs. Revenir sur la réforme de l’assurance chômage, ce n’est pas seulement bon pour l’humain, c’est aussi bon pour l’économie.

      Une politique féministe et insoumise vise à remettre l’économie au service de la vie, en rompant avec la marchandisation du travail reproductif et en garantissant l’autonomie matérielle de toutes et tous.

      Un article du GT Emloi
      Partagez
      Facebook
      Twitter
      WhatsApp
      Telegram
      LinkedIn