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Pass culture : l’éducation artistique et culturelle sacrifiée par les restrictions budgétaires au profit du consumérisme 

Pass culture : l’éducation artistique et culturelle sacrifiée par les restrictions budgétaires au profit du consumérisme 

Le dispositif « Pass culture », fer de lance de la politique culturelle d’inspiration néolibérale de Macron, engage des moyens financiers considérables issus des ministères de la Culture et de l’Éducation (en 2024, 244 millions d’euros pour la part individuelle et 62 millions d’euros pour la part collective). La part individuelle correspond à un système de bons d’achat type d’un montant maximal de 380 € pour de jeunes bénéficiaires de 15 à 18 ans. La part collective permet quant à elle de financer des sorties culturelles et des interventions d’associations et d’acteurs et actrices culturel‧les dans un cadre scolaire, en partenariat avec des équipes pédagogiques et des établissements. 

Sous la pression du ministère des Finances qui cherchait à raboter davantage que le précédent gouvernement, c’est par visioconférence que les délégations académiques à l’action culturelle ont appris, mercredi 29 janvier, que les caisses de la part collective du Pass Culture allaient être ponctionnées de 25 millions d’euros. Cette décision a entraîné une mise en concurrence de milliers de professionnel‧les des milieux culturels et artistiques : comprenant qu’il ne leur restait plus que quelques jours pour solliciter une partie infime des crédits restants pour le reste de l’année, ils et elles se sont précipité‧es pour arracher quelques heures d’intermittence rémunérées grâce au dispositif, avant qu’il ne soit gelé.

Une séquence durant laquelle le cabinet de Mme Borne a ventilé des informations contradictoires. En l’espace de quelques jours, les rectorats ont ayant d’abord annoncé, le 30 janvier, aux chef‧fes d’établissements le gel des crédits consacrés à la part collective. Puis le 4 février, la ministre de l’Éducation nationale a annoncé, à l’Assemblée nationale, que la plateforme Adage — qui traite le financement de ces projets culturels pour l’enseignement secondaire — allait  « rouvrir dans les prochains jours », suite à un nombre de connexions qui avait été suffisamment élevé pour entraîner sa mise à l’arrêt le 31 janvier. Les offres « réservées, confirmées » semblent être désormais protégées mais l’incertitude plane encore d’ici la fin de l’année scolaire créant un climat délétère.

Durant cette période, des artistes, des professionnel‧les du secteur artistique et culturel, des professeur‧es documentalistes, des enseignant‧es et leurs partenaires ont vu leurs activités prévues de manière éminente soudainement déprogrammées. La mission Flash initiée par Scène ensemble et questionnant les acteurs et actrices culturel‧les sur les impacts du gel des crédits de la part collective a rendu publique son enquête vendredi 7 février. Sur le nombre total de répondants (5% des structures actives), environ 7000 projets sont annulés du fait de ce gel de la part collective privant ainsi près de 385 000 élèves de ces derniers. Des chiffres alarmants…

La Cour des comptes avait par ailleurs critiqué en décembre 2024 le faible impact sur les pratiques des 15-18 ans depuis la mise en œuvre de la part individuelle du Pass (le spectacle vivant ne représenterait que 1 % des réservations, selon Rachida Dati), sans compter « [l’]intensification des pratiques culturelles déjà bien établies par les jeunes disposant déjà, notamment par leur environnement familial, d’un capital culturel plus élevé » (l’achat de livres par exemple). En outre, ce rapport de la Cour des comptes révèle un fossé social et territorial, puisque 68% des jeunes issu‧es des milieux ruraux, populaires et des QPV en bénéficieraient, contre 84% des jeunes de familles favorisées. Très loin donc du principe d’égalité de l’accès à la culture prôné par Emmanuel Macron et ses ministres de la Culture et de l’Éducation… 

Un dispositif à la vision consumériste des arts et de la culture

À l’origine, ce dispositif devait être financé à hauteur de 80 % par les acteurs privés de l’industrie culturelle, les mêmes qui augmentent allègrement leurs bénéfices grâce à la part individuelle. Finalement, cet « outil » est financé à hauteur de 90 % d’argent public. Avant sa mise en place,* des budgets spécifiques étaient déjà alloués aux  projets artistiques et culturels de l’Éducation artistique et culturelle ainsi que de l’Enseignement artistique spécialisé. Désormais, la part dite individuelle, peu contrôlée, n’est soumise à aucune orientation, aucun accompagnement réel ni aucune condition de ressources : les bénéficiaires n’ont pas vocation à être ciblé‧es selon des critères boursiers ou territoriaux. Dans l’autre, ce sont des visites culturelles, des interventions artistiques et des collaborations entre acteurs, actrices et intervenant‧es issu‧es du secteur culturel et élèves, familles et équipes éducatives qui co-construisent des projets. Bien que les critères d’acceptation des projets proposés par les  équipes artistiques sur la plateforme académique liée à la plateforme Pass culture restent flous, l’ambiguïté même de ce dispositif nous amène à réfléchir à une réorientation des ses moyens, actuellement en partie guidée par une vision marchande et individualiste de la culture et des arts. Ce sont des projets collectifs et d’éducation populaire pérennes que ce Pass doit défendre. Notre ambition doit viser à renforcer l’éducation artistique et culturelle et l’enseignement artistique public, au plus près de la création, des lieux de mémoire, de diffusion et des structures éducatives, culturelles et sociales  afin de garantir un véritable service public de la culture.

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